Consigne :
Aiguille – Rivage – Déchirer – Soleil levant – Pointe de ciseaux – Sable doux – Tu ne
l’excuses pas – Je m’endors
Rapiécer la déchirure du temps, désir aiguillé.
Échouer la quête charnelle, rivage moelleux.
Exhumer l’incestueux naufrage, ciseau pointu.
Endormir l’insolent désespoir, main tendue.
Excuser l’irrévérence du hasard, soleil levant.
Patricia
Roi comme un I, couronné de ciseaux en pointe, le pirate coiffé d’épines se tient à la majesté de sa proue.
Le rivage déjà loin, le nez tendu au soleil levant, il aiguillonne ses rêves déchirés, les parant de sable doux.
À l’abordage ! comme un murmure.
Son front rejette la morsure, il tranche les flots du sommeil, désolé de n’être que le roi de rien, le roi de cœur, le roi de quoi…
Ne t’excuse pas, beau pirate de pacotille, je m’endors de te savoir là, veilleur de rire, moussaillon de l’alphabet, amoureux déguisé.
Marie
L’ombre au-dessus de l’aiguille du Midi s’échappe. Une opalescence surgit de la montagne glacée. Le soleil levant indique que je suis vivante, un matin de plus.
La montagne nous a pris dans son piège minéral. Nous avons décroché de la paroi, toi et moi, lors de l’ascension finale. En plein orage. Les éclairs lançaient des lames de ciseaux, à gauche, à droite de nous. Quand l’un d’eux a touché ton piolet, ce fut la chute, pour toi d’abord, puis pour moi. Dégringolade infinie.
Ma tête encasquée tapa sur les rochers. Ou est-ce l’inverse ? Mon corps se démantibula à chaque impact. Une gamelle en fer accrochée à mon sac à dos frappa le rythme de l’interminable combat de boxe entre la roche et nos corps.
Nous avons fini la chute, encordés, unis par le fil sensé nous protéger. La corde écarlate, rougie de nos sangs emmêlés. Fil funeste.
La neige, sable doux, prison de silence, sera le linceul de ma vie.
Je jette un dernier regard vers le matin qui se lève, infime lueur d’espoir. Ce jour se passera de moi, les suivants aussi.
Je m’endors doucement. Ma conscience s’enfuit, m’emmène vers un indéfini rivage. Ton inconscience m’a conduite à la fin. Tu ne t’excuseras pas. Tu es mort.
Brigitte